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La persistance de la pauvreté chez les plus âgés dans un contexte de fortes inégalités

La persistance de la pauvreté chez les plus âgés dans un contexte de fortes inégalités

La retraite est de moins en moins synonyme de pauvreté en France : entre 2000 et 2003, le nombre de bénéficiaires de l’Allocation Supplémentaire était en baisse de 19 %. En région, sur la même période, on observe plutôt une stabilité (-0,9 %) et un nombre de bénéficiaires qui s’élève à environ 67 000 personnes en décembre 2003. On y relève également de fortes inégalités des conditions de vie des retraités, les plus pauvres se concentrent dans les villes-centres. La précarité des plus âgés touche plus fortement les femmes et les immigrés en raison de carrières professionnelles moins favorables.

Au 31 décembre 2003, 67 000 personnes résidant en Provence-Alpes-Côte d’Azur perçoivent l’Allocation Supplémentaire (ex-FNS) qui complète leurs ressources à hauteur du minimum vieillesse 2. Ramené à l’ensemble de la population de 60 ans et plus, le taux de bénéficiaires de l’Allocation Supplémentaire est de 6 %, contre 4,5 à l’échelle nationale. 80 % des Allocations Supplémentaires sont versées par les CRAM pour le régime général, la MSA et la Caisse des dépôts et consignations liquidant respectivement 7 % et 8 % d’entre-elles 3. 5 500 personnes perçoivent l’Allocation Spéciale Vieillesse versée par la Caisse de Dépôts et consignations aux personnes qui ne bénéficient d’aucun avantage vieillesse. Alors que pour l’ensemble de la France métropolitaine, on assiste à une diminution structurelle du nombre de bénéficiaires de l’Allocation Supplémentaire (-19 % entre 2000 et 2003), ce constat ne se vérifie pas en région (-0,9 % sur la même période).

De fait, en PACA, la situation est très contrastée 2 6. On note une augmentation du nombre de bénéficiaires localisée dans les Bouches-du-Rhône (+2,2 %) et dans le Var (+ 1,8 %), tandis que les départements ruraux connaissent une baisse (parfois forte) de cette population précarisée. A l’échelle nationale, la forte diminution du nombre de bénéficiaires du minimum vieillesse (divisé par 4,6 depuis 1959) résulte selon la DREES (719) de l’amélioration des carrières et des droits acquis par les jeunes générations de retraités, notamment pour les femmes et de la réforme des dispositifs d’assurance des régimes de non salariés. D’autres mesures plus récentes telles que la montée en charge du plan pluriannuel de revalorisation des petites retraites mise en oeuvre par la MSA entre 1998 et 2002 ont participé à la baisse du nombre de bénéficiaires du minimum vieillesse sur les départements ruraux. En revanche, la suppression de la condition de nationalité pour l’octroi de l’Allocation Supplémentaire à partir de 1998 a eu tendance à augmenter le nombre d’allocataires dans les territoires où résident des étrangers.

Si l’ensemble des phénomènes qui ont permis l’amélioration des retraites en France n’a pas eu le même impact en Provence-Alpes-Côte d’Azur, la région reste paradoxalement en 2001 celle où le niveau des retraites est le plus élevé de Province, supérieur de 20% au niveau le plus bas, relevé en Basse-Normandie (713). Cette inégalité du niveau des retraites est la plus forte de France selon la DREES.

En début 2004, l’âge moyen des bénéficiaires de l’Allocation Supplémentaire s’élève à 73 ans 1 1. 44 % ont moins de 70 ans, 34 % sont septuagénaires et 22 % sont âgés de 80 ans et plus. Les femmes sont en moyenne plus âgées que les hommes : 75 ans contre 70 ans. Selon le régime , on enregistre aussi des différences : les allocataires relevant de la MSA sont âgés de 78 ans contre 72 ans pour ceux du régime général. Notons, également, que les femmes sont plus fortement représentées (52 % contre 48 % pour les hommes) du fait de leur espérance de vie plus longue et de leurs carrières professionnelles souvent incomplètes.

Parmi les allocataires âgés de 80 ans et plus, 79 % sont des femmes. L’IGAS (712) a pu montrer que les immigrés vieillissants, et notamment ceux dépendant de la CRAM Sud-Est, sont fortement concernés par ce minimum : la main d’oeuvre immigrée qui a joué dès les années 80 un rôle d’amortisseur dans les ajustements au sein du marché du travail se retrouve in fine plus dépendante de l’Allocation Supplémentaire et vit souvent dans des conditions difficiles (santé précaire, logement inadapté).

Au delà des statistiques de l’Allocation Supplémentaire, qui soulignent la persistance de la pauvreté des plus âgés, l’analyse de la question du vieillissement et de l’exclusion nécessiterait aussi d’appréhender le problème des salariés vieillissants sur le marché du travail: en 1999, 16,8 % des 55-59 ans résidant en PACA étaient au chômage contre 13,3 % pour la France métropolitaine. Les statistiques d’accueil 2004 du Secours catholique (112) confirment la sur-représentation de la pauvreté des plus âgés en PACA (7,6% du public accueilli sont des retraités contre 4,1 % à l’échelle nationale) et une nette progression des plus de 50 ans entre 1999 et 2004 qui pourrait résulter de l’arrivée à l’aube de la retraite des baby-boomers et de l’évolution du marché du travail.

Le minimum vieillesse et l’Allocation SupplÉmentaire

Créée en 1956, le mimimum vieillesse a été un des premiers minima instaurés dans la législation française. Ce minimum social ne constitue pas en lui même une prestation. C’est un dispositif à deux étages : le 1er étage garantit un minimum égal au montant de l’AVTS (allocation aux vieux travailleurs salariés) s’élevant à 246,36 E pour une personne seule, le second étage, constitué de l’allocation supplémentaire (art. L. 815-1 et suivants du Code de la Sécurité Sociale), permet d’atteindre le minimum vieillesse, soit, en juillet 2005, 599,49 E par mois pour une personne seule et 1075,45 E par mois pour un couple. Toute personne âgée résidant en France qui n’a pas ou peu cotisé pour sa retraite peut solliciter cette allocation si les conditions d’âge sont remplies : dans les cas généraux le seuil se situe à 65 ans. Il est abaissé à 60 ans en cas d’inaptitude au travail et à 55 ans pour les titulaires d’une pension vieillesse de veuve ou de veuf reconnus eux mêmes invalides.

1 - Les bénéficiaires de l’allocation supplémentaire au 31/12/2003

 

3 - Les bénéficiaires de l’Allocation supplémentaire au 31/12/2003 par régime