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Les nouvelles fractures sociales : la relégation des classes populaires vers la périphérie

Les nouvelles fractures sociales : la relégation des classes populaires vers la périphérie

La géographie sociale de la région lue à travers la répartition des catégories socio-professionnelles et son évolution laisse apparaître de fortes dynamiques de ségrégation territoriale. Si la “géographie prioritaire”, qui délimite notamment le périmètre des Zones Urbaines Sensibles (cf. p. 16), correspond à une réalité sociale de plus en plus marquée, elle ne peut, néanmoins, résumer l’ensemble des processus ségrégatifs. En effet, dans le contexte d’envolée du coût de l’immobilier, les couches populaires qui restent sur-représentées en banlieue et dans le péri-urbain ont fortement migré vers la périphérie hors des pôles urbains.

En dépit de la montée des classes moyennes entre 1990 et 1999 (103), l’analyse de la géographie sociale sur cette période montre l’émergence de nouvelles formes de ségrégation au sein de la région. Une première analyse à l’échelle départementale 2 met déjà en évidence des disparités : la part des ouvriers et des employés au sein de la population active qui est dominante oscille entre 54 % dans les Bouches-du-Rhône et 57 % dans le Vaucluse. La représentation des cadres fluctue avec une amplitude plus forte : elle s’élève autour de 8 % environ dans les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence contre 12,5 % dans les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes.

L’étude de l’évolution de la population active de 15 ans et plus entre 1990 et 1999 souligne la forte hausse des professions intermédiaires (+23,8 % contre 6,5 % pour l’ensemble) qui symbolisent traditionnellement les classes moyennes. Si le nombre de cadres augmente de près de 14 % sur cette même période, les catégories populaires progressent de 3,8 %, soit bien moins vite que l’augmentation de l’ensemble de la population active. La montée de la catégorie des employés (+15,2 %) compense partiellement la baisse importante des effectifs d’ouvriers (-9,9 %).

A l’échelle communale, une lecture spatiale souligne à la fois l’existence de fortes inégalités territoriales et de puissants mécanismes de ségrégation. La cartographie du ratio de gentrification (nombre de cadres/nombre d’employés et d’ouvriers) en 1999 4met en évidence le repli des couches les plus aisées sur quelques territoires attractifs (Côte d’Azur, pays aixois, Lubéron, Côte provencale, etc.). En retenant les communes ayant les ratios de gentrification les plus élevés (classes I et II, 4), c’est-à-dire plus de 40 cadres pour 100 employés et ouvriers, on en dénombre 81, soit 8,5 % de l’ensemble des communes. Elles sont sur-représentées en zone péri-urbaine et en banlieue. La répartition spatiale des couches populaires est caractérisée, quant à elle, par une couverture plus large : les communes ayant les ratios de gentrification les plus faibles (moins 22 cadres pour 100 ouvriers-employés) (classes IV et V,4) représentent 70 % des communes. Leur part est plus forte en milieu rural (80 %) et dans les villes-centres (71 %) qu’en zone péri-urbaine (62 %) ou en banlieue (55 %).

Cette photographie du paysage social en 1999 révèle en filigrane l’un des traits de la dynamique des “nouvelles fractures sociales” (105) : en effet, au sein des villes, on observe à la fois un phénomène de “ghettoisation” des quartiers sensibles et une gentrification des centres qui renforcent leur dualité. L’exemple le plus probant est celui de l’hypercentre de Marseille : des études de l’évolution du peuplement du quartier Mairie-Panier entre 1975 et 1999 (105) ont pu montrer que la part des ouvriers est passée de la moitié à un quart de la population active au profit des professions intermédiaires et des cadres. Plus récemment, la tension très forte sur le marché immobilier, qui s’est traduit par l’envolée des prix et des loyers pourrait conforter ce processus d’éviction des couches populaires. A l’échelle régionale, si la baisse des catégories modestes, au profit de couches plus aisées, touche 74 % des villes centres, elle subit une érosion vers la périphérie 5 : 61 % en banlieue, 46 % dans le péri-urbain et 40 % dans le rural. Les couches populaires se voient ainsi reléguées dans les périphéries péri-urbaines et rurales. En région, comme dans le reste de la France, la campagne, notamment lorsqu’elle est située à proximité d’une agglomération urbaine dynamique, est aujourd’hui le territoire privilégié d’accueil des catégories modestes : la hausse des couches populaires y est majoritaire - 60 % des communes rurales et 54 % du péri-urbain sont concernées.

L’approche par les revenus confirme les disparités départementales et l’intensité des inégalités locales décrites ci-avant : la comparaison du revenu du 1er décile déclaré en 2000 par unité de consommation par les 10 % les plus pauvres1 (107) souligne l’indigence plus grande de ces derniers dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse alors que les départements ruraux des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes enregistrent les premiers déciles les plus élevés. La lecture du graphique ci-dessous 3 représentant les territoires selon le revenu moyen imposable et le taux de foyers fiscaux non imposables montre que les Bouches-du-Rhône connaissent les oppositions sociales les plus fortes. La dispersion des villes y est très élevée : quand Aix enregistre un revenu moyen de 17 642 E et un taux de foyers non imposables de 43,5 %, Arles affiche un revenu de 12 700 E (soit 5 000 E de moins) et un taux de foyers non imposables de 57 % (soit un écart de 13 points). Ce graphique met également en évidence la situation plus modeste des Alpes-de-Haute-Provence, des Hautes-Alpes et du Vaucluse dont le revenu imposable moyen est inférieur à 14 000 E et dont le taux de foyers non imposables dépasse les 50 %

1 - Les revenus fiscaux déclarés par UC et les foyers non imposables en 2000