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Une cohésion sociale et spatiale fragile?

Une cohésion sociale et spatiale fragile ?

Que nous dit cet atlas social de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ? En dépit de la diversité des situations sociales au sein de notre territoire, le premier constat est l’importance des phénomènes de pauvreté et de précarité. En décembre 2004, plus de 665 000 personnes vivent dans des foyers à bas revenus. Ils disposent d’un revenu mensuel disponible (avant impôts) inférieur au seuil de pauvreté (soit 735 E pour une personne seule et 1 543 E pour un couple ayant deux enfants de moins de 14 ans au 31/12/2004) : 17,4 % de la population régionale de moins de 65 ans est concernée contre 13 % à l’échelle nationale. Au regard de la géographie nationale, la région apparaît fortement touchée par la pauvreté, à l’instar du reste du littoral méditerranéen et du Nord. Par ailleurs, la pauvreté a connu en région une hausse de plus de 4,7 % entre 1999 et 2003 marquée également par l’augmentation du nombre de bénéficiaires de minima sociaux (RMI, API, AAH). Néanmoins, depuis juin 2005, on note une baisse du nombre d’allocataires du RMI. L’évolution des chiffres du chômage pourrait toutefois nuancer cette description : depuis quinze ans, l’écart entre le taux de chômage de la région et celui de la France, un peu inférieur à deux points, n’a jamais été aussi faible. Le taux de chômage reste cependant élevé (11,8 % au 2ème trimestre 2005) en dépit d’une dynamique de créations d’emplois dont on constate, par ailleurs, le caractère souvent précaire.

L’analyse spatiale a, quant à elle, pu mettre en évidence les profonds changements de la géographie sociale de la région. Certes, l’approche de la “géographie prioritaire”, centrée sur les territoires de la politique de la ville, désignés jusqu’alors, comme les seules concentrations de pauvreté, reste pertinente au regard de l’évolution du peuplement des Zones Urbaines Sensibles (ZUS) : les populations y sont de plus en plus modestes et captives. Cependant, la hausse des prix de l’immobilier a participé à l’émergence d’un processus d’exclusion des couches populaires des centres-villes vers les périphéries périurbaine et rurale. Le schéma dual opposant les “quartiers difficiles” au reste du territoire se complique du divorce croissant entre les centres urbains et leurs périphéries avec la montée de la précarité dans les espaces périurbains récemment observée...

Ces évolutions de la pauvreté et de la précarité, tangibles dans le paysage socio-économique et la géographie sociale de la région, ont pour effet de bouleverser les conditions de vie mais aussi les trajectoires de vie des individus les plus vulnérables. Face à la fragilisation des structures familiales et à la flexibilité croissante du marché du travail, les femmes sont parmi les premières à être exposées au risque de précarité (monoparentalité, sous-emploi, etc.). En région, plus de 48 000 familles monoparentales vivent avec un minimum social et ont la charge de plus de 82 000 enfants. Jeunes et migrants ont été également précarisés en jouant un rôle d’amortisseur dans le cadre des ajustements du marché du travail. En marge de l’image de prospérité de Provence Alpes Côte d’Azur, les formes et l’intensité de la pauvreté sont peut-être les indices d’une fragilité de la cohésion sociale et spatiale de la région.