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Vivre avec le RMI : l'importance de la monoparentalité et la diversité des trajectoires

Vivre avec le RMI : l’importance de la monoparentalité et la diversité des trajectoires

En dépit de l’hétérogénéité des profils des bénéficiaires du RMI, on observe plusieurs traits caractéristiques. Six allocataires sur dix vivent seuls. La monoparentalité est, quant à elle, très présente chez les femmes de moins de 54 ans ; elles vieillissent ensuite seules. La part des moins de 30 ans a fortement augmenté au sein du dispositif mais leur probabibilité d’en sortir est aussi très élevée. De façon générale, plus la vulnérabilité sociale est forte, moins la sortie du dispositif est probable. Enfin, dans le cadre du retour à l’emploi, on note un faible accès des allocataires du RMI aux emplois aidés.

Parmi les traits les plus marquants des profils des allocataires du RMI, relevons d’abord que près de 58 % d’entre-eux déclarent vivre seuls alors que le recensement de 1999 comptabilisait près d’un tiers de ménages composés d’une seule personne. Cette vie en solitaire n’est pas pour autant synonyme d’isolement : d’après la DREES (505), en dehors des situations de cohabitation, plus des deux tiers des bénéficiaires du RMI déclarent rencontrer régulièrement un autre membre de la famille alors que les relations amicales seraient moins fréquentes que pour le reste de la population. En région, sur les 69 000 allocataires du RMI isolés, 64 % sont des hommes alors qu’ils ne représentent que 46 % des bénéficiaires du RMI. La vie en solitaire concerne 80 % des allocataires masculins 1 . Un tiers vit ce célibat suite à une rupture de la vie conjugale (séparation, divorce ou veuvage).

La description par classe d’âge montre des spécificités selon le sexe : parmi les femmes âgées de 25 à 53 ans, seules un tiers d’entre-elles sont seules alors que cette proportion atteint les trois quarts chez les 54 ans et plus. Parmi les hommes, la répartition est plus homogène : la part des personnes seules 3 atteint son maximun (85 %) dans la tranche d’âges des 25-40 ans puis diminue dans les tranches d’âges suivantes. Si l’analyse de la pyramide des âges souligne une brusque diminution des effectifs masculins au delà de 41 ans, elle met surtout en évidence l’importance de la monoparentalité chez les femmes allocataires du RMI 2 : parmi elles, plus de quatre sur dix sont à la tête d’une famille monoparentale. En moyenne, les femmes âgées de 53 ans et moins sont concernées à hauteur de près de 46 % par la monoparentalité. Pour celles qui ont 54 ans et plus, la monoparentalité se retrouve dans des proportions quatre fois plus faibles pour laisser place à l’isolement : dans cette tranche d’âges, le taux de femmes seules atteint 75 %.

Si la situation familiale est un facteur important pour appréhender le public de ce dispositif, l’âge est déterminant dans l’analyse de leurs trajectoires. Les allocataires du RMI sont âgés en moyenne de 41 ans 4 : les moins de 30 ans représentent 18 % des effectifs, les 30-40 ans, 32 %, et enfin, les 40-50 ans et les 50 ans et plus regroupent respectivement un quart d’entre-eux. À l’échelle nationale, la tranche d’âge ayant connu la plus forte augmentation entre juin 2003 et juin 2004 est celle des moins de 30 ans : sa progression atteint 13,4 % contre 9,8 % pour l’ensemble. Cette évolution s’explique par l’augmentation du chômage des jeunes et les effets de la réforme de la filière d’indemnisation du chômage du 01 janvier 2003. Certes, cette tendance souligne la précarisation des jeunes. Cependant, ils sortent beaucoup plus facilement du dispositif : au niveau national, une note de l’ODAS (514) a montré qu’entre fin 2001 et fin 2002, la moitié des moins de 30 ans sortaient du dispositif, contre un sur dix chez les plus de 50 ans. Une durée moyenne a pu être estimée pour que la moitié d’une classe d’âge soit sortie du dispositif : elle est de deux ans pour les 30-39 ans et de trois ans pour les 40-49 ans. Pour les allocataires de 50 ans et plus, le seuil des 50 % sortis du RMI n’est pas atteint au bout de sept ans. Une étude de la CAF des Alpes-Maritimes (502) sur les sortants de ce dispositif débouche sur des conclusions identiques : en 2001, dans ce département, le taux de sortie du RMI des moins de 30 ans est de la moitié contre un quart chez les 50-60 ans. En région, l’ancienneté dans le RMI est en effet fortement corrélée à l’âge : quand les moins de 30 ans sont inscrits dans le dispositif depuis 1,7 ans, les 30-39 ans le sont depuis 4,1 ans, et les 40 ans et plus en bénéficient en moyenne depuis 5 à 6 ans. Si l’âge et l’ancienneté sont des facteurs déterminants dans la probabilité de rester ou de sortir du dispositif, d’autres variables rentrent en compte : l’étude de la CAF montre ainsi que les allocataires vivant en couple sortent du RMI dans des proportions de 40 % contre un tiers pour les familles monoparentales. Elle met aussi en évidence la plus forte probabilité de sortir du RMI des allocataires les moins défavorisés, notamment ceux percevant des revenus provenant d’activités professionnelles occasionnelles ou de formations rémunérées. De façon générale, moins l’individu est inséré socialement (monoparentalité subie, éloignement par rapport au marché du travail, ancienneté dans le dispositif, etc) plus la probabilité de sortir du dispositif est faible. L’enquête nationale de la DREES de 2003 (506) permet d’appréhender les trajectoires professionnelles des bénéficiaires du RMI : plus de la moitié d’entre-eux déclare être à la recherche d’un emploi, et ce, de façon très active (lecture des annonces, démarches auprès d’employeurs et d’associations, inscription dans des agences d’intérim, etc.) même si le recours aux “réseaux d’influence” est moins répandu que chez les autres chômeurs. Sur la cohorte d’allocataires suivis, le taux d’emploi double entre 2001 et 2003 en passant de 12 à 25 %. Parmi ce quart ayant un emploi, la moitié d’entre-eux sont sortis du dispositif. Pour l’essentiel, il s’agit d’emplois aidés et à temps partiel.

Dans la région, à l’instar du reste du Midi, les taux d’accès des allocataires du RMI aux contrats aidés sont plus faibles qu’ailleurs. Notons, également, que la part des contrats du secteur marchand (CIE) y est forte (501). De multiples difficultés contrarient leur recherche d’emploi : l’absence de formation adéquate arrive en tête. En 1998, dans les Bouches-du-Rhône (507), 42 % n’avaient aucun diplôme et un tiers atteint au mieux le niveau V (CAP-BEP). Aux problèmes de santé et de transport qui sont cités à l’échelle nationale (506), il convient d’ajouter la question des modes de garde des enfants et de l’accès au logement.

1 - Caractéristiques des allocataires du RMI de la région au 31/12/2003